Jeu d’écriture 7 : La fiction éclair


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croissant du corbeau et du renard
Cette semaine, je vous propose un nouveau jeu d’écriture basé sur la fable Le corbeau et le renard de Jean de La Fontaine. Pour cette réécriture, il ne s’agit ni d’intégrer des mots imposés, ni de faire de la poésie ou de jouer avec les sons mais de produire une Fiction Eclair. 

Le jeu d’écriture de la fiction éclair consiste à écrire, à partir d’un point d’accroche, un texte sans réfléchir et d’une seule traite. Le point d’accroche que j’ai proposé à mes abonnés était le titre de la fiction éclair : « Le Mystère du croissant doré ».

Voici donc ce que m’a inspiré ce titre :

Le mystère du croissant doré

Dans la nuit des temps, tout au bout des mondes, vivait une petite boule de poils orange au long nez. Alors qu’il grandissait dans l’obscurité froide d’un hiver sans fin, on lui apprit que bien longtemps auparavant un oiseau noir avait volé le jour. De ce jour disparu, il ne restait qu’un croissant doré suspendu dans le ciel. On disait qu’il existait quelque part un escalier qui montait jusqu’au croissant. Tout en haut, se trouvait la porte à ouvrir pour laisser entrer le jour dans le monde. Le malheur était que cette porte possédait un gardien redoutable : l’oiseau noir lui-même dont le but n’était autre que de voir périr toutes les boules de poils oranges. On racontait aussi que bon nombre de boules de poils avaient tenté une action désespérée pour ouvrir la porte. Toutes avaient disparu, certaines dévorées par l’oiseau noir, d’autres perdues le long des routes menant à l’escalier, noyées dans le grand marais, égarées dans la forêt enchantée ou capturées par la magicienne de nuit. Plus le temps s’écoulait et plus la communauté de boules de poils se réduisait. Bientôt, la notion même de jour devint une légende.
Pourtant, sans qu’on sache ce qui l’y poussait, Boule de Poils Orange décida de ne pas mourir sans avoir tenté quelque chose pour découvrir la vérité à propos de ce croissant doré, de la porte et de l’oiseau noir. Il fit donc ses adieux à sa famille désespérée de le voir quitter la sécurité du terrier. Puis, il partit droit vers le croissant doré, sans jamais se retourner.
Boule de Poils Orange traversa d’abord l’immense prairie où vivaient les siens. Il n’y avait qu’une herbe dure et courte, jaune sous les rayons du croissant. Immobiles dans la nuit, les boules de poils fixaient le ciel. Aucun ne lui adressa la parole. Boule de Poils Orange arriva bientôt devant la large rivière qui marquait une limite entre la prairie et la forêt enchantée. La rive était infestée de buissons d’épines impénétrables. Comme il se demandait comment il allait réussir à traverser, il entendit un gémissement. Lentement, il contourna un gros rocher et jeta un coup d’œil de l’autre côté. Il découvrit une boule de laine blanche. Les boucles de sa toison étaient prises dans les épines. Elle pouvait à peine remuer.
Boule de Poils Orange s’avança vers la boule de laine.
– Aidez-moi ! supplia-t-elle en l’apercevant. J’ai réussi à échapper au Géant à un œil mais il risque de compter ses prisonniers et de partir à ma recherche. Alors, il me dévorera !
Sans réfléchir et sans perdre de temps, Boule de Poils Orange commença à démêler la toison de Boule de Laine. Déjà, on entendait les lourds pas du géant à un œil qui traversait la prairie en grondant.
– Par là ! s’écria Boule de Laine en entraînant Boule de Poils Orange le long de la rive. Je connais un passage. Géant à un œil a peur de l’eau, il ne traversera pas.
Ils arrivèrent au gué et sautèrent de rocher en rocher pour traverser. Géant à un œil tandit la main mais ses doigts se refermèrent dans le vide. Ils étaient sauvés !
– Où vas-tu ? demanda Boule de Laine alors qu’ils se reposaient un instant.
– Je vais résoudre le mystère du croissant doré et faire revenir le jour dans le monde, déclara Boule de Poils Orange.
– Tu es fou ! s’exclama Boule de Laine. Tu ne reviendras pas vivant.
– Peut-être que non, mais je dois essayer.
– Dans ce cas, tu vas traverser la forêt enchantée.
Boule de Poils Orange frissonna. Non loin de lui, les arbres l’observaient du coin de l’œil, malveillants.
– On raconte que les arbres de la forêt enchantée chantent des berceuses aux voyageurs pour les attirer, chuchota Boule de Laine. Ils les perdent, les endorment et les étouffent dans leurs branches.
– Je n’ai pas le choix, je dois essayer ! déclara Boule de Poils Orange.
Il se leva et se dirigea d’un pas résolu vers les arbres.
– Attends ! Tu m’as aidée, je veux t’aider aussi.
Boule de Laine arracha de sa toison deux grosses touffes de laine et les donna à Boule de Poils Orange.
– Tiens, mets ça dans tes oreilles. Tu n’entendras pas le chant des arbres.
Boule de Poils Orange prit la laine et remercia.
– Je souhaite que tu réussisses.
Puis, ils se quittèrent. La forêt était très sombre mais pas assez pour empêcher Boule de Poils Orange de remarquer les mouvements des branches dans sa direction. Les arbres semblaient se parler, onduler, avancer.
– Tant que je reste sur le chemin, je ne risque rien, se persuada Boule de Poils Orange.
Il marcha ainsi durant de longues heures. La forêt semblait ne jamais finir. Au moment où son courage l’abandonnait, il aperçut, bien loin devant lui, la lueur du croissant doré. Il repartit avec davantage d’énergie. Soudain, il trébucha. Boule de Poils Orange se releva en pestant puis alla examiner la chose contre laquelle il avait butté. En réalité, ce n’était pas une chose mais un petit être recroquevillé sur le sol, endormi.
– Il a dû écouter le chant des arbres, se dit Boule de Poils Orange. Je ne peux pas le laisser là.
Il mit le petit être sur son dos et poursuivit son chemin. A peine était-il sorti de la forêt, que Petit Être se réveilla. Il n’en fini pas de se répandre en remerciements.
– Je suis passé trop près des arbres, expliqua-t-il. J’ai entendu leur chant et je l’ai suivi. Merci de m’avoir sauvé ! Et toi, où vas-tu ?
A nouveau, Boule de Poils Orange raconta son histoire et, à nouveau, il se fit traiter de fou.
– Pour atteindre l’escalier, tu vas devoir traverser le marais. C’est le domaine de la Magicienne, celle qui transforme les êtres en végétaux.
– Je n’ai pas le choix, je dois essayer de passer…
– Bon, comme tu m’as aidé, je veux t’aider aussi, déclara Petit Être. Tiens, voici un peu de poudre magique.
Il lui donna une petite bourse remplie d’une poudre argentée.
– A quoi cela sert-il ?
– Je ne sais pas vraiment mais c’est magique.
– Ah, merci… au revoir.
– Au revoir, je te souhaite de réussir !
Boule de Poils Orange observa le marais. Il y avait en effet une quantité impressionnante de végétaux, empilés les uns sur les autres, de formes différentes mais tous de petite taille. Au milieu, un labyrinthe de sentiers boueux.
– La Magicienne a tout fait pour que je me perde, pensa Boule de Poils Orange, désespéré. De plus, on dit qu’elle est très grande, et ce n’est pas cette végétation basse qui me cachera. Comment vais-je réussir à passer ?
Il réfléchit un moment, les yeux fixés sur le croissant doré dans le ciel.
– Ce qu’il faudrait, c’est que je sois invisible, se dit-il finalement.
Il sursauta. Pourquoi ne pas essayer d’utiliser la poudre magique ? Il plongea la main dans la bourse et en jeta une poignée en l’air.
– J’aimerais devenir invisible pour traverser le marais, dit-il alors que la poudre retombait sur sa tête.
Il attendit. Rien ne paraissait changé. Le cœur affolé, il s’approcha des eaux troubles du marais. Sous les rayons du croissant doré, il ne vit… rien !
– Victoire ! Pas de reflet !
Un peu rassuré, il entra à l’intérieur du marais. Malgré sa bonne volonté, il ne tarda pas à se perdre. Soudain, il entendit un rire terrible. C’était la Magicienne qui se moquait d’un prisonnier enfermé dans une cage de bois.
– Je pars à la recherche d’autres proies, dit-elle, puis je reviendrais te transformer en cactus !
Lorsqu’elle fut partie, Boule de Poils Orange s’approcha de la cage. Tout au fond, tremblant de peur, se pelotonnait un lutin.
– Je vais t’aider, chuchota Boule de Poils Orange.
Le lutin se mit à trembler davantage.
– Qui me parle ? demanda-t-il.
– Je suis Boule de Poils Orange.
Tout en prononçant ces mots, Boule de Poils Orange défi le loquet de la cage et en ouvrit la porte. Il plongea sa main dans le sac de poudre magique et rendit le lutin invisible non sans prendre la précaution auparavant de lui saisir la main.
– Viens ! dit le lutin, soudain plus alerte. Je connais les chemins du marais, je vais t’aider à en sortir.
Il entraîna Boule de Poils Orange. Ils pataugèrent tous deux dans la boue pendant un temps qui leur paru indéfiniment long, guettant le rire de la sorcière. Ils n’entendirent rien et finirent par quitter le marais. Ils s’assirent sous un arbre pour se reposer et, une fois de plus, Boule de Poils Orange expliqua son objectif.
– J’aurai aimé t’aider mais je n’ai rien à te donner, dit Lutin. Oiseau Noir est tellement fier de tenir le jour qu’il se pense le roi du monde ! Je ne veux surtout pas affronter sa colère.
Boule de Poils Orange entendait bien que Lutin était terrifié.
– J’irai seul, dit-il.
Lutin s’enfuit.
Boule de Poils Orange se releva et poursuivit courageusement sa route. Bientôt, il atteignit un large espace dégagé au centre duquel s’élevait un grand escalier. Au sommet, le croissant doré… et l’énorme oiseau noir.
– Oh, mais Oiseau Noir tient le croissant doré dans son bec ! Jamais je ne pourrais le lui arracher.
Désespéré, Boule de Poils Orange ne pouvait détacher son regard de l’horrible être.
– C’est trop bête, tous ces efforts pour renoncer… Non ! Je dois tenter quelque chose.
Soudain, il repensa aux propos de Lutin.
– Oiseau Noir est fier…
Rassemblant tout son courage, Boule de Poils Orange s’avança dans la lumière.
– Eh ! Bonjour Monsieur du Corbeau ! lança-t-il d’une voix hésitante. Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau !
Il réfléchit à toute vitesse. Oiseau Noir le regardait de son œil jaune, mauvais. Pourtant, il paraissait s’être un peu redressé, les plumes frémissantes sous les compliments. Brusquement, Boule de Poils Orange eut une illumination. Il lança :
– Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois !
A ces mots, le regard d’Oiseau Noir changea. Il ouvrit un large bec, laissant tomber sa proie. Le croissant dévala l’escalier et toucha le sol dans une gerbe de lumière : le jour, libéré, envahit le monde. Oiseau Noir poussa un cri et s’enfuit, ne pouvant supporter la clarté nouvelle.

A partir de ce moment, le jour retrouva sa place dans le cycle du monde des boules de poils oranges. Lorsque la nuit venait, on voyait parfois le croissant doré dans le ciel, signe que le jour n’était pas loin et reparaîtrait bientôt.

Comme je l’avais demandé dans mon exercice, j’ai écrit ce texte sans réfléchir, sans savoir vraiment où j’allais aboutir. Les idées se sont enchaînées d’elles-mêmes au fur et à mesure.

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Crédit Photo : mwboeckmann

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