Jeu d’écriture 3 : l’histoire à 4 voix


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histoire à 4 voix le corbeau et le renard
La semaine dernière, je vous ai proposé un lipogramme en O réalisé à partir de la fable Le corbeau et le renard de Jean de La Fontaine. 

Ce samedi, je vous livre ici une troisième réécriture de la fable sous forme d’une histoire à 4 voix. L’exercice consiste à écrire quatre fois la même histoire en adoptant un point de vue différent.

Voici donc ma proposition :


Le pique-nique

Voix 1 :
Je suis en vacances chez papy et mamy, à la ferme. J’aime bien la ferme, surtout les chèvres ! Et puis, elle fait du si bon fromage, mamy !
Ce matin, il faisait très beau, un grand soleil et juste quelques petits nuages blancs comme de la chantilly. Une vraie journée de vacances, quoi ! Alors mamy a décidé qu’on irait faire un pique-nique au bord de la rivière.
Papy a préparé les cannes à pêche, mamy le panier avec les sandwichs et moi, je suis descendue à la cave chercher un beau fromage. Hum… j’aime tellement l’odeur des fromages qui sèchent ! J’ai pris le plus gros, celui qui sentait fort, celui avec une croûte toute craquelée.
Ensuite, on a marché sur le chemin à travers la forêt, jusqu’à la rivière. Il n’y avait pas de bruit, juste quelques chants d’oiseaux et puis, un corbeau qui coassait. J’ai essayé de l’apercevoir dans les branches mais il jouait trop bien à cache-cache.
A un moment, papy s’est arrêté pour me montrer les empreintes d’un renard. Celui-là, il le déteste. Faut dire qu’il a volé plusieurs poules à la ferme. C’est un malin, papy n’a jamais réussi à l’attraper.
Arrivé à la rivière, papy s’est installé au bord de l’eau avec sa canne à pêche. Mamy a posé une grosse couverture sur l’herbe et a mis le panier dessus avant de rejoindre papy. Le cliquetis des aiguilles à tricoter s’est ajouté au chant des oiseaux. Moi, je suis allée ramasser quelques fleurs. Il y en a de si jolies au bord de la rivière !
C’est alors que j’ai une nouvelle fois entendu le corbeau. En tournant la tête, je l’ai aperçu. Il était perché sur l’anse du panier de pique-nique. Soudain, il a plongé dedans la tête la première. Il en est ressorti avec le fromage dans le bec. J’ai crié, mais, trop tard, il s’est envolé. Mon bon fromage aussi.
Mamy a dit que ce n’était pas grave, qu’on se passerait de fromage, qu’il y avait d’autres choses délicieuses à manger. Mais j’étais en colère : quel culot ce corbeau ! Le plus étrange c’est que je l’ai entendu crier un peu plus tard. Lui aussi avait un air furieux. Je ne vois vraiment pas pourquoi : s’il n’aimait pas le fromage, il n’avait qu’à nous le laisser !

Voix 2 :
Ce matin, en sortant le bout de la truffe de mon terrier, j’ai tout de suite eu le sentiment que ce serait une merveilleuse journée. D’abord, il faisait beau, et ça, ça compte. Quand il y a un soleil comme ça, les lapins se promènent sans crainte : ils sont à croquer ! Et puis, il y avait un je-ne-sais-quoi dans l’air qui me plaisait. Peut-être était-ce cette odeur de fromage qui montait de la ferme là-bas. Quand le vent souffle dans le bon sens, je me délecte de cette délicieuse senteur ! Dommage, je n’ai jamais réussi à en voler un. Ce n’est pas faute d’avoir essayé d’ailleurs ! J’ai eu plus de chance avec les poules.
Je prenais donc un petit bain de soleil devant le terrier lorsque ce satané corbeau s’est mis à coasser. Ah l’horrible animal ! Toujours le mot pour troubler mon repos. Et un poil fier avec ça. Comme je grognais mon mécontentement, l’odeur du fromage s’est faite plus intense. Oubliant l’oiseau de malheur, je me suis dirigé sans bruit vers le sentier.
Caché dans les buissons, je les ai vus passer. Ils étaient trois. Les deux bipèdes de la ferme, le grand mince qui me poursuit de ses injures quand je lui emprunte une poule, et la petite rondelette, toujours le sourire elle ! Et puis, il y avait une fillette en robe rouge. Tiens, cette couleur me rappelle une histoire mais je ne sais plus bien laquelle…
Ils étaient trois donc, trois et un fromage ! Un fromage qui, à sentir son fumet parfait, promettait d’être délicieux. Mes yeux n’ont pas quitté le panier, mon pas de chasseur parfaitement silencieux m’a permis de les suivre sans être repéré.
A un moment, le bipède mince s’est arrêté pour montrer à la petite quelques-unes de mes empreintes de la veille. J’ai senti qu’il avait bien envie de me pister. Ça m’aurait amusé mais il était plus préoccupé par sa journée de détente que par son ressentiment envers moi. Tant mieux, j’avais mieux à faire qu’à le perdre au cœur de la forêt.
Une fois tout le monde installé au bord de la rivière, le panier a été abandonné sur la couverture. Les inconscients ! Qu’ils ne se plaignent pas ensuite ! Je m’apprêtais donc à bondir pour m’emparer de ma proie. Le corbeau me précéda. Saperlipopette ! Ni une ni deux, me voilà à courir jusqu’à son repère, le grand chêne de la clairière.
Bon, je le connais bien, l’animal, un peu de flatterie et hop ! il ouvrit le bec et lâcha sa proie. Hum… j’avais raison, ce fromage était tout simplement divin ! Et puis, pour une fois, les bipèdes ne m’en voudront pas.

Voix 3 :
Ah le chacal ! Ah l’horrible animal !
– « Si votre ramage se rapporte à votre plumage ! » a-t-il dit.
Ce fromage était à moi, vous entendez, à moi et à moi seul ! Voleur !
Pourtant, la journée avait plutôt bien commencé. J’avais même décidé d’entonner une ode au merveilleux soleil qui inondait la forêt. Entre nous soit dit, j’ai une voix merveilleuse et, dans ma bonté extrême, je tenais à offrir aux hôtes de ces bois un petit concert.
– « Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois, a-t-il affirmé. »
Il a raison, je le suis ! Vandale ! Assassin ! J’aurais bien dû me douter qu’il ne pouvait rien sortir de bon de la bouche d’un vulgaire voleur de poule.
J’étais donc en plein récital, le regard tourné vers la ferme où je crois avoir quelques admirateurs. J’ai aperçu cette petite en robe rouge sortir en courant du bâtiment principal. Elle s’est rendu à la cave et en a rapporté un magnifique fromage. Oh qu’il était beau ! Oh qu’il sentait bon !
J’ai redoublé d’efforts dans mon chant tandis que la petite et ses grands-parents se dirigeaient vers la rivière. Caché derrière les hauts feuillages, je les ai vus s’arrêter près des empreintes du renard. J’aurai dû me douter dès ce moment de l’infâme complot qu’il préparait, ce vaurien !
J’avais dans l’idée de solliciter la bienveillance de la petite en robe rouge et de lui demander de m’offrir le fromage. Bien modeste cadeau en rapport avec mes capacités vocales, je dois bien l’avouer. Je m’en serais pourtant contenté. Mais voilà qu’en arrivant à la rivière, chacun a été pris par des occupations urgentes. Je m’en serais voulu de les déranger. Je me suis donc servi moi-même.
Ah quelle odeur ! Quelle texture sous la langue ! Je me délectais par avance. Pourtant, à peine arrivé au grand chêne de la clairière pour ce buffet bien mérité, j’aperçus une truffe noire levée vers moi et un regard pétillant.
– Ah un public ! me suis-je dit. Un admirateur, un fan !
J’ai gonflé le cou et toutes mes plumes.
– « Bonjour Monsieur du Corbeau (je ne résiste pas au monsieur) Ah que vous êtes joli, que vous me semblez beau ! »
– Quelle belle vérité, ai-je pensé. En toute modestie, nul ne m’égale dans la forêt.
C’est alors qu’il a voulu m’entendre chanter. Je ne pouvais lui enlever ce plaisir. Oubliant le fromage, son fumet, sa croûte craquante et son goût prononcé, j’ai ouvert un large bec.
Bien entendu, Maître Renard ne s’y connaît pas en matière de musique. Il n’a pour loi que celle de son estomac. S’emparant du fromage, il a poussé l’infamie à me faire une leçon de morale.
– « Tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute ! »
Voleur ! Assassin ! Je jure que tu ne m’y prendras pas deux fois ! Mais trop tard pour le fromage, je l’ai perdu. Oh que tous entendent ma colère et mon désespoir !

Voix 4 :
Je suis passé d’une obscurité fraîche à une obscurité brûlante. Je suis passé de la décomposition lente des jours et des nuits à une autre, rapide et brutale. Je suis passé du silence aux gargouillements.
Pourtant, la journée avait commencé comme tant d’autres par ce rai de lumière sous la porte de la cave. J’étais bien, calé sur un lit de paille, entre deux de mes compagnons. Nos peaux rugueuses se touchaient presque, nos odeurs se mêlaient. On avait ce sentiment d’éternité qui s’installe au fur et à mesure que le temps s’écoule sans qu’il ne se produise aucun événement significatif. Quelle erreur !
Ce matin là, une fillette en robe rouge poussa la porte de la cave. Dans une lumière éblouissante, elle a descendu les quelques marches qui la séparaient de nous. J’ai vu son regard bleu se poser sur moi, puis sa main aussi douce qu’une caresse d’été.
Elle m’a choisi, elle m’a emmené et délicatement installé sur un matelas d’osier. Le monde se balançait autour de moi, quelques éclats de voix troublaient le silence puis le cri d’un oiseau noir. Je l’ai aperçu en haut d’un arbre. Son œil m’a fixé, vorace !
Ensuite, tout s’est figé. Je retrouvais avec plaisir ma quiétude habituelle même si l’obscurité manquait à mon confort. Il y avait au-dessus de moi un ciel d’un bleu étrange, parsemé de paquets blancs, comme la laine des brebis.
C’est alors que l’oiseau est apparu, tout à côté des nuages. En un instant, je me suis retrouvé enfermé dans son bec, serré et malmené jusqu’au sommet d’un grand chêne. Un instant de répit.
Je me sentais fondre lentement.
– Eh ! bonjour Monsieur du Corbeau ! a glapit une voix en dessous de moi. Que vous êtes joli, que vous me semblez beau ! Sans mentir si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois ! »
A ces mots, je me suis vu tomber de haut. Chute vertigineuse qui s’est terminée entre les crocs malodorants d’une truffe noire. Je n’ai rien su de plus. Une seconde plus tard, je me décomposais dans la chaleur humide d’un estomac.
Il m’a semblé entendre un éclat de rire.

J’espère que vous avez apprécié mon récit !

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Rendez-vous la semaine prochaine pour un jeu sur les assonances.

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Crédit photo : Dra sick Love

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