
La semaine dernière, je vous ai proposé un lipogramme en O réalisé à partir de la fable Le corbeau et le renard de Jean de La Fontaine.
Ce samedi, je vous livre ici une troisième réécriture de la fable sous forme d’une histoire à 4 voix. L’exercice consiste à écrire quatre fois la même histoire en adoptant un point de vue différent.
Voici donc ma proposition :
Le pique-nique
Voix 1 :
Je suis en vacances chez papy et mamy, à la ferme. J’aime bien la ferme, surtout les chèvres ! Et puis, elle fait du si bon fromage, mamy !
Ce matin, il faisait très beau, un grand soleil et juste quelques petits nuages blancs comme de la chantilly. Une vraie journée de vacances, quoi ! Alors mamy a décidé qu’on irait faire un pique-nique au bord de la rivière.
Papy a préparé les cannes à pêche, mamy le panier avec les sandwichs et moi, je suis descendue à la cave chercher un beau fromage. Hum… j’aime tellement l’odeur des fromages qui sèchent ! J’ai pris le plus gros, celui qui sentait fort, celui avec une croûte toute craquelée.
Ensuite, on a marché sur le chemin à travers la forêt, jusqu’à la rivière. Il n’y avait pas de bruit, juste quelques chants d’oiseaux et puis, un corbeau qui coassait. J’ai essayé de l’apercevoir dans les branches mais il jouait trop bien à cache-cache.
A un moment, papy s’est arrêté pour me montrer les empreintes d’un renard. Celui-là, il le déteste. Faut dire qu’il a volé plusieurs poules à la ferme. C’est un malin, papy n’a jamais réussi à l’attraper.
Arrivé à la rivière, papy s’est installé au bord de l’eau avec sa canne à pêche. Mamy a posé une grosse couverture sur l’herbe et a mis le panier dessus avant de rejoindre papy. Le cliquetis des aiguilles à tricoter s’est ajouté au chant des oiseaux. Moi, je suis allée ramasser quelques fleurs. Il y en a de si jolies au bord de la rivière !
C’est alors que j’ai une nouvelle fois entendu le corbeau. En tournant la tête, je l’ai aperçu. Il était perché sur l’anse du panier de pique-nique. Soudain, il a plongé dedans la tête la première. Il en est ressorti avec le fromage dans le bec. J’ai crié, mais, trop tard, il s’est envolé. Mon bon fromage aussi.
Mamy a dit que ce n’était pas grave, qu’on se passerait de fromage, qu’il y avait d’autres choses délicieuses à manger. Mais j’étais en colère : quel culot ce corbeau ! Le plus étrange c’est que je l’ai entendu crier un peu plus tard. Lui aussi avait un air furieux. Je ne vois vraiment pas pourquoi : s’il n’aimait pas le fromage, il n’avait qu’à nous le laisser !
Voix 2 :
Ce matin, en sortant le bout de la truffe de mon terrier, j’ai tout de suite eu le sentiment que ce serait une merveilleuse journée. D’abord, il faisait beau, et ça, ça compte. Quand il y a un soleil comme ça, les lapins se promènent sans crainte : ils sont à croquer ! Et puis, il y avait un je-ne-sais-quoi dans l’air qui me plaisait. Peut-être était-ce cette odeur de fromage qui montait de la ferme là-bas. Quand le vent souffle dans le bon sens, je me délecte de cette délicieuse senteur ! Dommage, je n’ai jamais réussi à en voler un. Ce n’est pas faute d’avoir essayé d’ailleurs ! J’ai eu plus de chance avec les poules.
Je prenais donc un petit bain de soleil devant le terrier lorsque ce satané corbeau s’est mis à coasser. Ah l’horrible animal ! Toujours le mot pour troubler mon repos. Et un poil fier avec ça. Comme je grognais mon mécontentement, l’odeur du fromage s’est faite plus intense. Oubliant l’oiseau de malheur, je me suis dirigé sans bruit vers le sentier.
Caché dans les buissons, je les ai vus passer. Ils étaient trois. Les deux bipèdes de la ferme, le grand mince qui me poursuit de ses injures quand je lui emprunte une poule, et la petite rondelette, toujours le sourire elle ! Et puis, il y avait une fillette en robe rouge. Tiens, cette couleur me rappelle une histoire mais je ne sais plus bien laquelle…
Ils étaient trois donc, trois et un fromage ! Un fromage qui, à sentir son fumet parfait, promettait d’être délicieux. Mes yeux n’ont pas quitté le panier, mon pas de chasseur parfaitement silencieux m’a permis de les suivre sans être repéré.
A un moment, le bipède mince s’est arrêté pour montrer à la petite quelques-unes de mes empreintes de la veille. J’ai senti qu’il avait bien envie de me pister. Ça m’aurait amusé mais il était plus préoccupé par sa journée de détente que par son ressentiment envers moi. Tant mieux, j’avais mieux à faire qu’à le perdre au cœur de la forêt.
Une fois tout le monde installé au bord de la rivière, le panier a été abandonné sur la couverture. Les inconscients ! Qu’ils ne se plaignent pas ensuite ! Je m’apprêtais donc à bondir pour m’emparer de ma proie. Le corbeau me précéda. Saperlipopette ! Ni une ni deux, me voilà à courir jusqu’à son repère, le grand chêne de la clairière.
Bon, je le connais bien, l’animal, un peu de flatterie et hop ! il ouvrit le bec et lâcha sa proie. Hum… j’avais raison, ce fromage était tout simplement divin ! Et puis, pour une fois, les bipèdes ne m’en voudront pas.
Voix 3 :
Ah le chacal ! Ah l’horrible animal !
- « Si votre ramage se rapporte à votre plumage ! » a-t-il dit.
Ce fromage était à moi, vous entendez, à moi et à moi seul ! Voleur !
Pourtant, la journée avait plutôt bien commencé. J’avais même décidé d’entonner une ode au merveilleux soleil qui inondait la forêt. Entre nous soit dit, j’ai une voix merveilleuse et, dans ma bonté extrême, je tenais à offrir aux hôtes de ces bois un petit concert.
- « Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois, a-t-il affirmé. »
Il a raison, je le suis ! Vandale ! Assassin ! J’aurais bien dû me douter qu’il ne pouvait rien sortir de bon de la bouche d’un vulgaire voleur de poule.
J’étais donc en plein récital, le regard tourné vers la ferme où je crois avoir quelques admirateurs. J’ai aperçu cette petite en robe rouge sortir en courant du bâtiment principal. Elle s’est rendu à la cave et en a rapporté un magnifique fromage. Oh qu’il était beau ! Oh qu’il sentait bon !
J’ai redoublé d’efforts dans mon chant tandis que la petite et ses grands-parents se dirigeaient vers la rivière. Caché derrière les hauts feuillages, je les ai vus s’arrêter près des empreintes du renard. J’aurai dû me douter dès ce moment de l’infâme complot qu’il préparait, ce vaurien !
J’avais dans l’idée de solliciter la bienveillance de la petite en robe rouge et de lui demander de m’offrir le fromage. Bien modeste cadeau en rapport avec mes capacités vocales, je dois bien l’avouer. Je m’en serais pourtant contenté. Mais voilà qu’en arrivant à la rivière, chacun a été pris par des occupations urgentes. Je m’en serais voulu de les déranger. Je me suis donc servi moi-même.
Ah quelle odeur ! Quelle texture sous la langue ! Je me délectais par avance. Pourtant, à peine arrivé au grand chêne de la clairière pour ce buffet bien mérité, j’aperçus une truffe noire levée vers moi et un regard pétillant.
- Ah un public ! me suis-je dit. Un admirateur, un fan !
J’ai gonflé le cou et toutes mes plumes.
- « Bonjour Monsieur du Corbeau (je ne résiste pas au monsieur) Ah que vous êtes joli, que vous me semblez beau ! »
- Quelle belle vérité, ai-je pensé. En toute modestie, nul ne m’égale dans la forêt.
C’est alors qu’il a voulu m’entendre chanter. Je ne pouvais lui enlever ce plaisir. Oubliant le fromage, son fumet, sa croûte craquante et son goût prononcé, j’ai ouvert un large bec.
Bien entendu, Maître Renard ne s’y connaît pas en matière de musique. Il n’a pour loi que celle de son estomac. S’emparant du fromage, il a poussé l’infamie à me faire une leçon de morale.
- « Tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute ! »
Voleur ! Assassin ! Je jure que tu ne m’y prendras pas deux fois ! Mais trop tard pour le fromage, je l’ai perdu. Oh que tous entendent ma colère et mon désespoir !
Voix 4 :
Je suis passé d’une obscurité fraîche à une obscurité brûlante. Je suis passé de la décomposition lente des jours et des nuits à une autre, rapide et brutale. Je suis passé du silence aux gargouillements.
Pourtant, la journée avait commencé comme tant d’autres par ce rai de lumière sous la porte de la cave. J’étais bien, calé sur un lit de paille, entre deux de mes compagnons. Nos peaux rugueuses se touchaient presque, nos odeurs se mêlaient. On avait ce sentiment d’éternité qui s’installe au fur et à mesure que le temps s’écoule sans qu’il ne se produise aucun événement significatif. Quelle erreur !
Ce matin là, une fillette en robe rouge poussa la porte de la cave. Dans une lumière éblouissante, elle a descendu les quelques marches qui la séparaient de nous. J’ai vu son regard bleu se poser sur moi, puis sa main aussi douce qu’une caresse d’été.
Elle m’a choisi, elle m’a emmené et délicatement installé sur un matelas d’osier. Le monde se balançait autour de moi, quelques éclats de voix troublaient le silence puis le cri d’un oiseau noir. Je l’ai aperçu en haut d’un arbre. Son œil m’a fixé, vorace !
Ensuite, tout s’est figé. Je retrouvais avec plaisir ma quiétude habituelle même si l’obscurité manquait à mon confort. Il y avait au-dessus de moi un ciel d’un bleu étrange, parsemé de paquets blancs, comme la laine des brebis.
C’est alors que l’oiseau est apparu, tout à côté des nuages. En un instant, je me suis retrouvé enfermé dans son bec, serré et malmené jusqu’au sommet d’un grand chêne. Un instant de répit.
Je me sentais fondre lentement.
- Eh ! bonjour Monsieur du Corbeau ! a glapit une voix en dessous de moi. Que vous êtes joli, que vous me semblez beau ! Sans mentir si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois ! »
A ces mots, je me suis vu tomber de haut. Chute vertigineuse qui s’est terminée entre les crocs malodorants d’une truffe noire. Je n’ai rien su de plus. Une seconde plus tard, je me décomposais dans la chaleur humide d’un estomac.
Il m’a semblé entendre un éclat de rire.
J’espère que vous avez apprécié mon récit !
Si vous désirez en apprendre davantage sur la manière de réaliser ce jeu d’écriture, inscrivez-vous à ma newsletter en renseignant votre prénom et votre adresse e-mail dans le formulaire de la colonne de droite. Pendant un an vous recevrez un coaching qui vous aidera à améliorer votre style. L’histoire à 4 voix est le troisième exercice que je propose.
Rendez-vous la semaine prochaine pour un jeu sur les assonances.
Crédit photo : Dra sick Love

Tout ça est très beau, très intéressant… ça fait « saliver ». Mais, comme tu le dis, maman, c’est un boulot à plein temps (et pour la vie). Alors comme j’ai repris du service récemment, mes nuits se sont vues subitement raccourcies soit par le souci, soit par les petites filles qui s’y emploient chacune à leur tour… Et voilà pourquoi j’ai les yeux en coucher de soleil à 21h30 ! Et, bien sûr, aucune miette de disponibilité pour l’écriture. Bizzzzz
Oui, maman c’est un travail à vie. Les vacances, ce sont les rires de nos enfants et leurs yeux qui pétillent
Et il y a des moments où certaines choses sont bien plus importantes qu’un jeu d’écriture.
Bon courage…
J’ai bien aimé ! Une petite allusion à un autre conte, un petit fromage qui parle, et hop, voilà le tout qui me régale. Je vais d’abord faire le jeu n°2 et ne pas brûler les étapes mais j’aime bien ce jeux des 4 voix, je sens que je vais aussi bien m’amuser.
Bonne soirée.
Merci Cécile. C’est vrai que je me suis bien régalée en écrivant toute cette histoire !
Je ris…
Tu vois, ce corbeau, il a fait l’objet d’un des premiers jeux de la Bibliothèque.
http://quichottine.over-blog.com/article-11639575.html
J’avais proposé d’écrire la fable du point de vue du fromage…
Les résultats avaient été très rigolos.
http://quichottine.over-blog.com/article-14118937.html
Quant à ma propre version, tu peux la trouver là :
http://quichottine.over-blog.com/article-12351200.html
Je dois dire que je me suis régalée en te lisant. C’est superbe !
Passe une belle journée et de belles fêtes de fin d’année.
vraiment très très bien écrit ! j’ai beaucoup aimé
bravo
Merci Marie
Voici le mien, comme il est sorti et sans relecture (suis vannée
), j’espère que ce sera plus ou moins clair à comprendre.
Histoire à quatre voix
Voix Une :
Ah, nous voilà donc enfin arrivés sur ce joli terrain de jeu, dit l’animal avec légèreté.
Je vais enfin pouvoir m’amuser et me jouer de tous ces coquins qui me prennent pour un animal impudent, fier de moi et de ma force. Je vais leur prouver, moi que je suis plus rapide que l’éclair, que je fends la bise comme le mistral balaye tout sur son passage.
De toute manière, je suis le plus rapide, c’est une certitude, on me l’a toujours dit et, jusqu’à aujourd’hui, je suis toujours en vie. Aucun animal, aucun chasseur n’a pu me la prendre, la vie.
Que ce fieffé renard qui, parce qu’il fait tomber un bête morceau de camembert du bec d’un stupide corbeau, croit qu’il peut me battre à la course à pieds. Qu’il rêve ce rouquin, jamais je ne le laisserai faire, je tricherai s’il le faut, mais à la fin, je serai le vainqueur de cette course qui me tient à cœur.
Eh oui, depuis de trop nombreuses années, que dis-je, des siècles, les enfants se moquent de moi à cause d’une tortue qui a eu l’audace de me battre à la course, mais je sais moi, qu’elle ne l’a pas fait à la loyale ; les hommes me chassent pour me manger, parfois, même, pour s’amuser et moi, dans tout ça, je fais quoi, je me tais, je me laisse faire, je les laisse emporter le trophée et parfois, je suis naturalisé pour finir dans un musée.
Que nenni, je suis un lièvre de la campagne, qui vit à la dure, qui chasse les petites femelles et qui coure, qui creuse des terres arides.
Autrefois, nous les lièvres de campagne, nous vivions bien : pas de moissonneuse, pas de tracteur, on pouvait creuser en toute tranquillité, sans risquer d’être, un beau jour, déchiqueté. Aujourd’hui, ce bon temps là est bien fini et tous ces outils modernes ont bien failli détruire tous nos nids, nos petits et mes amis.
Alors, j’ai décidé que plus jamais, je ne me laisserai rattraper par qui ou quoi que ce soit, animal, humain ou métal, je fuirai devant l’adversité et la campagne, je repeuplerai.
Voix deux :
Enfin ! me voilà arrivée sur cette piste où le lièvre m’a conviée. Mais que me veut-il donc encore cet animal, ça ne lui a pas suffit que pendant quatre siècles, la vedette je lui vole ? Que durant toutes ces années, les enfants en rigolent.
Apparemment pas, il veut qu’à nouveau, je lui donne une leçon car, je suis certaine que du passé, il n’a rien appris.
Mais qu’est-ce que je fais là moi, pourquoi je l’ai écouté ? Tout compte fait, je ne suis guère plus maligne, j’aurais dû refuser ce challenge, j’ai plus vingt ans moi, tandis que lui, il est en pleine force de l’âge.
Mais, que vois-je à l’horizon, n’est-ce point un renard qui pointe son roux museau ? Et là haut, dans l’arbre, mais on dirait bien un corbeau et en plus, l’emplumé tient quelque chose dans le bec, mais d’ici, je ne vois pas ce que c’est.
Pour qui se prend-il donc le lièvre, il veut réécrire l’histoire ou quoi ? Mélanger comme ça le lièvre, le renard, la tortue et le corbeau, comment pense-t-il s’en sortir ? Notre pauvre fabuliste doit être en train de se retourner dans sa tombe. A moins que ce drôle de bonhomme, ayant le sens de l’humour, trouve l’histoire cocasse. Je l’espère pour lui.
Bon, je vais doucement me diriger vers la ligne de départ. Je vois mon ennemi le lièvre qui s’impatiente.
Ah, ça alors, voilà autre chose ! Nous avons là un humain qui tient une arme à la main. Peut-être est-là pour tuer le lièvre ? C’est son rôle après tout de nourrir l’être supérieur. A moins que cette arme serve à abattre le renard qui le dépouille de sa volaille ou bien encore, veut-il faire un carton sur le corbeau, car cet animal croassant pour finir, l’agace. En tout cas, une chose est certaine, il n’est pas là pour moi, qui aurait envie de se prendre la tête à tuer une vieille tortue à la carapace plus dure que la pierre… Non, non, j’en suis certaine, il n’est pas là pour moi.
Voix trois :
Voilà, ma foi, un bien drôle de tableau si dit le corbeau. Nous voici ici réunis sous l’égide d’un rongeur qui se prend pour un grand sprinteur et qui, si l’on en croit, est persuadé qu’il peut battre, à la fois, le renard, le corbeau et la tortue.
Je le laisse rêver, je suis un oiseau, un animal aux plumes lisses et brillantes, fait pour voler plus vite que l’éclair, plus haut que la cime des arbres. Je vais tous les battre, ces quadrupèdes.
Tiens, mais qui vois-je au loin, mon ennemi juré le renard. Le malandrin ne s’imagine tout de même pas qu’il pourra m’avoir encore une fois. J’ai un délicieux maroilles dans le bec et il pourra toujours se pavaner, me lancer des regards appuyés et faire des envolées lyriques, ce fromage, je l’ai volé à l’humain qui vit là bas au loin et je compte bien le garder. Et même avec ce poids supplémentaire, la course, je vais la gagner.
Mais qui vois-je perché sur cette branche, mon ami de toujours, le corbeau croassant. Je vois que tu tiens toujours un fromage dans le bec.
Eh oui, mon vieil ennemi, cette fois, tu pourras me dire ce que tu veux, ce fromage tu ne l’auras pas.
C’est à ce moment précis que le corbeau se rendit compte qu’il s’était encore fait avoir par ce sale renard, pour lui prouver qu’il ne se laisserait pas avoir, il avait répondu et, bien entendu, le fromage avait chut.
Le renard s’en saisit et dit : pas besoin de te flatter, vieil emplumé, ton arrogance te perdra toujours. Je suis content de constater qu’après quatre siècles, tu te laisses toujours avoir. L’histoire ne t’a rien appris.
Sur ce, je m’en vais déguster ce fromage, la course, je te la laisse, je me moque de battre un lièvre ou une tortue, de plus, cet humain ne m’inspire aucune confiance.
Le corbeau, encore une fois vexé, ne voulu pas se prendre une nouvelle veste face au lièvre et de la scène du crime, s’enfuit à toute vitesse.
Voix quatre :
Bon sang, mais qu’est-ce que je fabrique ici moi ? Je dois arbitrer une course entre un lièvre, une tortue, un corbeau et un renard. C’est du grand n’importe quoi. Mais pourquoi ai-je accepté de venir me perdre ici ?
Bon, d’accord, j’ai reçu une lettre d’un notaire qui m’imposait de venir ici à cette date et à cette heure précises.
En fait, il ne m’imposait pas vraiment, mais si je ne venais pas, je ne toucherais pas l’héritage d’un ascendant remontant à 7 générations au moins. Ce vieux brigand s’est arrangé pour que l’histoire soit réécrite, ou pas, plus ou moins quatre siècles après son décès. Il fallait que ce soit un descendant de la famille, un homme de la campagne qui comprenait les animaux et qui n’avait pas peur du ridicule.
Pourquoi pas, me suis-je dit, l’argent ne coule pas à flots par ici et un petit bonus n’est pas de refus.
Par contre, je me demande comment ils ont pu prévenir ces animaux et leur dire de venir ici aujourd’hui ?
Bah, sans doute qu’il existe un notaire pour animaux qui a été chargé de les recruter.
Allez, courage mon pote, installe toi sur la ligne de départ et attends que tout ce petit monde soit prêt à partir.
Pff, c’est pas gagné à l’allure où arrive la tortue. Le lièvre lui, est bien là, occupé à faire les cent pas, à invectiver le reptile, à hurler après le corbeau et le renard qui, encore fois, s’engueulent.
Et en plus, ils s’en vont ces deux là ! Super ! La même course qu’il y a quatre cent ans, un lièvre et une tortue.
Enfin, la vieille dame est là, pas trop tôt lui dit l’humain.
Eh, mais va voir ailleurs si j’y suis lui répond l’animal, je t’ai rien demandé moi, je suis là pour ridiculiser le lièvre, c’est tout.
Ouais, bon, assez bavasser vous deux, dit le lièvre, on s’y met à cette course, j’en peux plus d’attendre. Je vais te montrer ce que j’ai appris au cours de ces décennies.
Oui, dit le futur héritier, dépêchez-vous, j’ai encore du boulot à la ferme moi.
Le lièvre et la tortue s’installèrent sur la ligne de départ, l’homme les prépara au départ : 5, 4, 3, 2, Pan.
Le lièvre partit comme un dératé et la tortue sursauta, malgré sa surdité. Mais elle se mit en route quand même.
Le mammifère aux longues oreilles recommença son cinéma, traîna en chemin, goûtant par ici, une feuille de pissenlit tendre et juteuse, suivant par là, papillon aux couleurs chatoyantes.
La tortue, pendant ce temps, encouragée par l’être humain, continuait son petit bonhomme de chemin.
Le lièvre la rattrape, lui fait une grimace et repart de plus belle pour, ensuite, faire, encore une fois, l’école buissonnière.
Et c’est ainsi que la tortue, malgré les certitudes du petit animal aux longues pattes, gagna la course encore une fois.
L’humain fut enchanté de ce résultat, fit une photo de la gagnante, et partit, d’un pas rapide, chez le notaire lui remettre la preuve de son travail accomplit.
Ce dernier ouvrit son coffre et remit au fermier une petite boite remplie de pièces d’or… qu’il devrait utiliser pour défendre la nature.
A ces mots, le fermier s’effondra, victime d’une crise cardiaque.
Je trouve très intéressante l’idée de regrouper les fables. Une petite remarque : ta 4ème voix est en réalité un mélange de 2 voix, celle du chasseur et celle d’un narrateur extérieur.
Bonjour Rébecca,
Oui, tu as tout à fait raison (en plus, je me rends compte que j’ai laissé des fautes d’orthographe – s’il n’y avait que cela – grosses comme des maisons au milieu du texte), mais j’étais à court d’idées et je me suis dit que si je commençais à trop réfléchir, j’allais tout réécrire, que je ne serais pas encore contente et au final, que je ne ferais rien du tout
Quand je suis lancée, je ne m’arrête plus (tout est relatif – j’ai écrit deux mille mots ce jour-là) et je crois que mes doigts perclus de tendinite n’en pouvaient plus et que les idées ne suivaient plus.
Bah, ça ira mieux la prochaine fois, nous sommes là pour nous améliorer grâce à toi.
Encore merci.
Tu as raison : au moment où on écrit, si on se pose trop de questions, on reste bloqué !
vraiment tres bien ecrit sixtine , l histoire a 4 voix , j ai beaucoup aimé
Merci Monique, c’est gentil !
Bonjour
Une histoire à 4 voix intéressante en littérature jeunesse (Cm2): celle de Verte de Marie Desplechins : une histoire sympathique déclinée successivement par la maman ( sorciere), la grand mère , Verte la fille, et son copain de classe.
Je connais ce livre mais je ne me le rappelle plus en détails (lu lors de ma préparation du concours de PE). En tous cas, j’aime la littérature de jeunesse, il y a d’excellents écrits !
Bon, voilà le résultat de mes périgrinations épistolaires à 4 voix. C’est un peu long je crois.
Ces 4 voix là…
Une ville du midi, un quartier d’affaire, une rue passante, un matin, à l’heure où la France d’en bas vaque à ses occupations, un homme anonyme erre seul, tiraillé entre ses 4 voix intérieures. Son fils décédé accidentellement, réclame vengeance auprès de son père, aidé par son démon intérieur. L’homme, dans tout ça, ne sait que faire, ne sait qui écouter : son fils, cette voix maligne, sa propre voix, ou sa Fée Clochette personnelle. Au désespoir, il tire sur un jeune cadre supérieur allant à son travail. Un autre homme se trouvait là et a vu l’intégralité de la scène se dérouler sous son regard confondu.
Le flingueur.
Je m’appelle Pierre, je vis seul dans un taudis du midi et j’ai tout perdu. Je n’apprécie plus rien en cette vie qui s’éternise et m’a laissé au bord de sa route. Mon âme me fait mal et ne me laisse aucun répit. Et encore une nuit sans dormir, encore une nuit de désespoir, une nuit de plus qui me rapproche de ma propre mort que j’espère bientôt. Mon fils, comment te dire combien tu me manques, combien ma douleur est abyssale. Je n’en peux plus d’avoir mal, je n’en peux plus d’être seul au monde. Qu’est ce que je fous ici ? Pour qui ? Tu n’es même plus là ! J’ai tout perdu. Mon boulot, puis ma femme, partie avec celui que je croyais être mon meilleur ami, et toi, toi, mon seul lien avec ce monde, toi aussi tu décides de me quitter, il y a un an jour pour jour, jamais je ne pourrai me remettre de ton départ précipité, jamais !
« je sais papa, je ne voulais pas te laisser moi non plus. J’avais bien compris que tu avais besoin de moi et je faisais tout pour que tu ne sombres pas. Je ne voulais pas partir tu sais. Mais il y a une solution : venge moi, cela fait des mois que je te le demande, prends la vie de quelqu’un, n’importe qui en ce fichu monde. Et tout ira mieux crois moi, ta douleur sa calmera.
- Oui, fais ce que dit ton fils, prends une vie, prends, une, vie. Je te remercierai au centuple. Tu as un flingue, sers-t-en, tu verras comme c’est bon, comme ça soulage, comme les endorphines envahissent ton corps quand tu appuies sur la gâchette, tu verras comme c’est bon, c’est comme un orgasme après des heures d’amour. Vas-y, fais le ! Fais le !
- Mais je ne sais pas, je ne peux pas ! tu m’as fait acheter ce maudit flingue, mais prendre une vie, va à l’encontre de la Vie, alors que je ne voulais pas prendre les armes dans ma jeunesse d’armée forcée, comment veux-tu que j’assassine quelqu’un pour calmer une douleur intime ?
- Non, ne fais pas cela, ce que te dis ton fils et son sbire, sont pures foutaises, tu n’auras pas moins mal, au contraire, tu auras deux morts sur la conscience et non plus un seul. Ecoute ton cœur, même s’il est agité et embrumé par la douleur. Apprends à pardonner, au contraire, fais de ta douleur un moteur, pour aimer la vie et non choyer la mort et ses démons serviteurs.
- Mais je ne sais plus moi, je ne sais plus qui croire, qui écouter, et tout l’alcool que je peux ingurgiter n’arrête pas vos bavardages, vous me fatiguez tous, j’en peux plus !!J’EN PEUX PLUS, tous autant que vous êtes ! je suis fatigué ! je veux en finir avec vous et tout ce merdier environnant.
- Prends une vie, prends une vie, juste une vie, et tout ira mieux, je t’assure.
- Chut, tais toi, taisez vous! »
Je suis sorti dans la rue, respirer enfin, m’extirper de mon cagibi empesté par le tabac froid. J’ai pris mon seul ami avec moi, mon confident silencieux et magnifique. Enfin un peu de silence, juste les voitures, les gens autour, un peu d’air pour ma tête, un courant d’air pour les chasser, mais ils reviennent toujours. Je suis fatigué, fatigué de tout. Et ces gens pressés ne se doutent même pas de ma douleur intérieure. Des larmes, tiens, des larmes qui coulent sur mes joues, je suis encore un humain, j’ai encore des réactions d’humain, mais ce monde n’a plus d’intérêt pour moi, puisque mon fils n’en fait plus partie. Ce monde qui ne me dit plus rien, dont je suis le parfait étranger, je suis déjà mort, décorporé, suspendu entre deux univers…
« Tue-en un, et ça ira mieux. Allez, fais le…tu as l’embarras du choix !
- Tu es encore là… où que j’aille tu me hantes, vous me hantez ! Oui, tu as sans doute raison. Où est mon flingue ? ha oui, juste là, à ma droite, le seul compagnon fidèle qui me reste, enfin, tu vas pouvoir faire, pour moi, un geste salvateur, viens là que je te sorte de la veste. »
Je caresse ta beauté froide dans sa crosse, tu es beau, viens là que je te vois de plus près. Viens près de mon œil découvrir ce monde anonyme, à qui veux-tu ôter la vie? lui? ou lui? Lequel de ces jeunes gens est le moins digne de vie ? allez…..choisis. Ha tiens, celui là, il est pas mal avec sa chemise immaculée. Regarde-le marcher avec confiance, imbu de sa personne. Il a forcément tout pour être heureux : un appartement superbe, une caisse, sportive et confortable avec un intérieur cuir, et surtout, une gonzesse superbe à trimbaler tous les week end. Et il ne sait même pas le bonheur qu’il a ! Il sait encore moins ma douleur, il ne connaît pas la douleur, ce mec là, je vais la lui faire goûter, tu vas voir ça.
- Arrête, arrête ton cirque de suite, range ton flingue, ce n’est pas la solution, arrête tout de suite, par pitié ou le malheur s’abattr…. »
Un chien hurle au loin, la mort rôde c’est certain, si seulement ce pouvait être la mienne.
CLIC CLIC BOOM
Trop tard, la détonation fracassante, le coup est parti tout seul. J’ai tiré, mon Dieu, qu’ai-je fait? Mes jambes sont de coton, elles ne me portent plus. Et ma douleur, ma douleur est toujours là, encore pire qu’avant, qu’ai-je fait ? Ma Fée Clochette avait donc raison ! Et cet homme allongé là, son regard bleu vide et vague, sa chemise immaculée, se macule de rouge, du rouge, une tâche, qui grandit, grandit, s’agrandit Qu’ai-je fait ? Mon fils, aide moi, mon fils ?? Mon fils ?? Mais où es-tu, où es tu ? OU ES TU ?? OU ETES VOUS ? Vous avez tous égoïstement disparu, comment pouvez vous me laisser ainsi, comment osez-vous alors que j’ai fait ce que vous m’avez demandé ?
Un type qui ne ressemble à rien, un drôle de rastaquouère vient de s’approcher de moi. Mes pensées sont paralysées, je ne sais plus où je suis ni dans quel état j’ère en cet instant. Il me regarde avec amour et bonté. Il me prends dans ses bras dont la puanteur me répulse pourtant. Mais je n’ai pas la force de résister et je me laisse cajoler. Hé, c’est qui ce mec qui accorde un semblant d’intérêt à ma personne ? Je ne vaux rien, moi, sans mon fils, et ce n’est certainement pas lui qui me le ramènera.
Et ces quatre voix là, ont fait de moi un scélérat, voilà !
Le flingué.
Je m’appelle Charles-Edouard. Je suis issu de ce que l’on appelle, une famille d’arrivistes, de nouveaux riches qui se croient tout permis et à qui tout est dû. Je n’ai jamais adhéré à ce système de pensée du tout à l’ego, non jamais, et ça m’a valu de nombreux déboires, de nombreuses réunions de famille. Je suis un vilain petit canard dans un monde de « Bisnounours » qui n’a jamais eu les pieds sur terre. Ma vie, selon ma mère, était toute belle et toute tracée, car, comme elle disait, j’étais né avec une cuillère en argent dans la bouche. Et j’ai grandi, insouciant, loin du moindre souci matériel, mais manquant cruellement d’amour. J’ai été élevé par une nourrice, car ma mère biologique était trop occupée à écumer les salons de beauté, en quête du maquillage à la mode, où d’arpenter les rues de Paris, avec le désir ardent d’acquérir le sac à main de ses rêves. Pendant ces temps solitaires, la vie s’écoulait, et je me perdais souvent dans le grand parc arboré à la recherche de réponses à toutes mes questions existentielles d’enfant, d’adolescent, puis de jeune adulte. Je regardais la nature évoluer autour de moi, et une grande paix m’envahissait dans ces moments là. Puis, je suis entré à l’université pour honorer le désir de mes parents et me voilà….en retard pour aller au boulot, encore une fois, ce matin d’été, à faire ce que je n’ai pas envie, tout ça parce que je n’ai pas eu le courage de m’affirmer, tout ça parce que je n’ai pas su écouter mon cœur.
Vite, vite, je suis en retard, encore et toujours en retard, pour affronter une dure journée de labeur. Mais ce soir, ce sera une journée de moins qui me rapprochera de la retraite, et enfin, je pourrai réaliser mes rêves intimes, mes songes ultimes. Vite, vite, il faut que j’enfile ma chemise, blanche, car aujourd’hui mardi, c’est jour de réunion. Il va falloir encore écouter les grands pontes compter leur pognon et nous demander de leur en rapporter plus, plus, encore plus, toujours plus ! Des objectifs à atteindre? je n’en ai que faire moi ! Pourquoi ai-je écouté mon père, pourquoi ai-je cédé aux éternelles complaintes de ma mère? Il fallait toujours briller en société, et pour briller en société, il fallait avoir une « belle situation », pff tu parles ! tu seras avocat mon fils, me disait-t-il à tout bout de champ. Tu travailleras dans la finance, tu brasseras du fric et je serai fier de mon fiston, cantonnait il lorsqu’il me berçait, les rares fois où il était à la maison. Et voilà, il a fini par me persuader que l’argent était le passeport pour le bonheur. Total, oui, j’ai un magnifique appartement, une superbe bagnole, mais l’amour de ma vie m’a largué car je n’étais jamais à ses côtés. Je me demande d’ailleurs comment j’ai trouvé le temps de la rencontrer, trop occupé, comme mon père, à rapporter ce fichu pognon pour ces pontes qui se foutent royalement de notre bonheur. Mon passeport, c’était elle, et elle est partie, elle s’est enfui, s’est éloignée de moi car tout ce que je pouvais rapporter à la maison, c’était tout sauf de l’amour. Je n’ai jamais su lui dire je t’aime, c’est mon grand regret, mon pire remord. Mon passeport pour le bonheur c’était cette nature aussi, être garde forestier et écouter grandir la faune et la flore, loin du tumulte citadin. Pourquoi ai-je écouté mon père et pas mon cœur ? Maintenant je suis seul et je n’ai même pas le temps de profiter de mon argent. Mes journées de travail sont éternellement longues, et lorsque je suis enfin rentré, je dois répondre aux multiples coup de fils de l’autre hémisphère, envoyer des email à l’autre bout du monde. Tout ça pourquoi ? Pour quoi faire ?
Mais, vite, vite, il est 9h, je suis en retard !
Arrête de te lamenter sur ton sort et va bosser, au moins ça t’empêchera de penser. Allez, à ce soir, fichu appartement aussi magnifique sois–tu, je ne pense pas que tu feras revenir ma dulcinée. Haaa, une bouffée d’air frais, voilà de quoi me revigorer, respire, respire et ne pense à rien. Ca va déjà mieux. Détends-toi. Allez, quelques pas, oui, c’est mieux, sois fier de toi, bombe le torse et affronte ce monde. Après tout, tu as tout pour être heureux : l’argent, la voiture, l’appartement, l’écran plat pour te distraire le soir, la sant…..
CLIC CLIC BOOM
Mon Dieu, cette douleur en plein coeur! Mais qu’est-ce donc ? Ca y est une crise cardiaque vient de me terrasser alors que je viens d’avoir trente ans !… ha mais non, ce n’est pas possible, je suis trop jeune pour mourir, j’ai tout à faire encore, à commencer par reconquérir ma dulcinée ! Mais c’est qui ce type mal rasé et au teint brouillé qui a pointé son flingue dans ma direction, et qui est là, à me regarder bêtement m’écrouler sur le bitume déjà chaud du matin ? Ne me dis pas qu’il vient de me tirer dessus !! Mes jambes, mes jambes, ne me portent plus, j’ai mal, j’ai mal, je vais mourir, c’est sûr. Le sol, le sol, je dois m’allonger au plus vite. J’ai froid, j’en peux plus de froid. Je me sens loin, j’ai froid, froid, froid. La douleur se fait sourde et sournoise, tiens, j’ai moins mal, de moins en moins mal…ho…et c’est quoi ce corps en chemise blanche allongé sur le bitume? Attends que je m’approche de plus près…mais c’est moi ?, whouuaaa, mais j’étais sacrément beau, je devais en faire tomber plus d’une avec ces yeux là. Et cette tâche, au milieu de ma poitrine, mais c’est mon sang ? Tiens, le SDF du coin qui débarque sur le lieu du crime. Je le croise tous les matins et je me demande par quel coup du sort il a atterri sous cet immeuble. Il est crasseux au possible mais a un regard si aimable que je lui donne toujours la pièce. Il me remercie à chaque fois chaleureusement et me dis que Dieu me le rendra. S’il pouvait me rendre ma dulcinée…Mais, que fait-il là à serrer mon meurtrier dans ses bras, c’est à moi qu’il faut porter secours, pas à lui. C’est étrange, je n’ai pas dû être si gravement touché, je n’ai déjà plus mal, je me sens si bien…je ne me suis jamais senti aussi bien…Et cette lumière si chaudement belle qui m’appelle irrésistiblement, c’est donc ça la mort ? Je me sens si léger, je me sens tellement bien, si loin de ce bas monde et ses tracas matériels, comme si ce corps n’était qu’une enveloppe, un vaisseau, abritant mon âme. C’était donc vrai toutes ces légendes que l’on racontait dans les ouvrages ésotériques. Cette lumière existe donc bel et bien, elle m’enjoint de me rallier à elle. Je me sens léger, si léger, si vaporeux tout ça coup, je me sens déjà bien mieux et tout l’univers n’a plus aucun secret pour moi. Un dernier regard sur ce corps jeune et svelte alangui sur le sol, ce corps que j’ai malmené durant ces années de stress inutile, non, tu ne me manquera pas. Mais cette vie là, à force de ne pas écouter mon cœur, cette vie là, a cessé, à l’endroit même où j’ai pêché, il y a donc une justice ! Tourner le dos à mon coeur a fait de moi un scélérat, voilà !
Le flingue.
Je suis un pistolet Browning GP 35, et sans conteste, selon les dires de mes anciens propriétaires, le meilleur pistolet jamais construit. J’ai appartenu il y a des années à un allemand pacifiste, décédé pendant la guerre de 39-45, ce fut mon dernier propriétaire. Pacifiste, oui, car il n’a jamais pu tirer sur l’ennemi. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est décédé, car on a cru qu’il conspirait contre sa propre armée. Il s’est pris une balle dans la tête, à bout portant, alors qu’il dormait paisiblement. Un de ses camarades s’est introduit dans sa chambre, m’a sorti de mon étui alors que je trônais tranquillement sur le dossier d’une chaise. Ce fut la première fois que je regardais mon propriétaire en face, de mon unique œil, et j’ai vu en lui, une belle âme. Ce fut la dernière fois que sortait douloureusement de ma bouche cette balle unique et meurtrière qui tua mon possesseur. Je vis son sang et sa cervelle gicler sur l’oreiller et je me suis juré de ne plus jamais servir. Enfin, c’est ce que je croyais.
Je coulais des jours heureux chez un armurier, depuis des années, au fin fond d’une vitrine qui voyait passer de temps en temps le chiffon à poussière. J’avais eu tout le loisir de réfléchir sur cet événement qui avait révolutionné ma vie de pistolet. Je m’étais racheté une conscience depuis, et j’avais décidé de devenir un flingue pacifiste, un flingue de décoration, pour le folklore. Mais, il y a un mois de cela, une homme est entré dans la boutique, et c’est assez rare de nos jours pour qu’il ait retenu mon attention. Il s’est promené dans les allées de l’armurerie, l’air paumé, la mine ailleurs, perdu dans ses pensées. Puis il s’est arrêté face à moi, m’a contemplé de longues minutes. Il était brun, mal rasé, le teint blafard de ceux qui ne dorment jamais, mais j’ai décelé, chez lui aussi, une belle âme. Il m’a rappelé mon ancien propriétaire. Cet homme s’est penché sur moi et a caressé mon métal froid pendant d’éternelles secondes. J’ai aimé sa caresse affectueusement triste. Enfin, il s’est dirigé vers le comptoir, a payé son dû et je suis parti avec lui.
Arrivés à destination, il m’a posé sur une table de formica et a commencé à me parler. Ca sentait l’alcool et le tabac froid dans cet endroit empreint de tristesse. Il me parlait des nuits entières, attablé face à sa bouteille à moitié pleine, qui était vide aux aurores. Il me contait, chaque soirée interminable, sa douleur immense, le manque de son fils décédé dans des circonstances terribles. Il me parlait de ses 4 voix dans sa tête qui le harcelaient continuellement : son fils qui réclamait vengeance, accompagné de ce démon terrible qui souhaitait vivement qu’il prenne une vie, de son cœur perdu dans ce tumulte sonore, et de sa Fée Clochette personnelle qui lui cantonnait à tout-va de pardonner à ce chauffard bourré qui avait causé le départ anticipé de son fils. J’étais devenu son confident, son soulagement, car il avait peur de perdre la raison, et, pour calmer ses voix, il s’enfilait ces litres de whisky. Et je restais là, immuablement à l’écoute de ses lamentations légitimes. C’est la seule chose que je pouvais faire, en compagnie muette de sa bouteille qui se vidait au fil de ses heures de monologue. Il se suicidait de jour en jour.
Puis, ses caresses se sont faites de plus en plus pressantes et tremblantes sur ma crosse. Il me sortait tout les soirs de mon écrin pour me parler, de plus en plus perdu en lui. Il me mettait sous son oreiller et me disait, dans ses moments de pire désespoir qu’il allait me confier une mission. Et je sentais venir le danger. Moi, le browning pacifiste, je sentais, que mon heure était venue une seconde fois. Le cauchemar allait recommencer et je ne pourrai l’empêcher. Il m’a empoigné ce matin violemment, m’a mis à sa ceinture et nous sommes partis faire un tour. Le soleil déjà haut en couleur, dardait ses chauds rayons sur mon métal glacial. Il me trimbalait à sa ceinture, caché sous sa veste de moleskine, marchait rapidement et me ballottait en tout sens dans mon écrin. Puis cette agitation a cessé brusquement. Il s’était arrêté net au milieu de la rue, au milieu de nulle part et m’a sorti de ma protection de cuir. Il a caressé ma crosse, comme à son habitude, et a pointé mon viseur vers la foule, dehors. C’est la première fois que je voyais autant de monde. J’ai compris de suite qu’une catastrophe allait arriver. J’ai compris que j’allais servir encore une fois et que je mettrais des années à me remettre de ce désastre existentiel. Il m’a demandé de choisir à qui je voulais ôter la vie, mais, je ne veux ôter la vie de personne, c’est fini ce cirque pour moi, si j’avais le don de parler je lui aurai dit de me ranger sans délai dans mon étui et d’écouter sa Fée Clochette, mais….
CLIC CLIC BOOM
Le coup est parti…il a caressé ma crosse, a pointé mon viseur dans la foule anonyme. J’ai senti sourdre en moi une vive brûlure juste après qu’il ait pressé le doigt sur ma gâchette. La balle est sortie violemment de mon canon, je ne me souvenais plus de cette sensation bizarre. j’ai vomis âprement ce corps étrange, qui est revenu à ma conscience tout aussi intensément. Et cette balle étrangère, m’a laissé, dans ma douleur, une haleine de soufre. De ma bouche est sortie une vague fumée et j’ai eu à peine le temps de voir un homme en blanc s’écrouler sur le bitume, pendant que j’entamais ma chute inexorable vers le sol, mon propriétaire m’avait lâché des mains dans son désespoir ultime. Ma descente dans les enfers intimes commençait alors que je touchais l’asphalte violemment. Le coup est parti, encore une fois alors que je m’étais juré de devenir un pacifiste Browning. Et je gis sur ce sol chaud du matin, triste témoin impassible de la détresse de mon propriétaire, à genoux près de moi, qui se demande ce qu’il vient de commettre. Un type étrange vient d’accourir à nos côtés. Que veut-il celui là ? il prend mon propriétaire dans ses bras, c’est quoi ce bordel, et il me laisse là, sur le sol, sans même jeter un regard sur mon métal froid. De toutes façons, il ne peut rien pour moi, je ne suis qu’un vulgaire flingue meurtrier, je ne suis pas digne d’intérêt. Et de nouveau, je vais être en proie avec ma conscience de flingue. Et ces quatre voix là, ont fait de moi un scélérat, voilà.
Celui qui a vu le flingueur flinguer le flingué avec son flingue.
Je m’appelle Hakim, et je vis dans la rue depuis des années, dans ce quartier d’affaire de cette ville du sud qui me prodigue le soleil, même en hiver, et tout ce que je désire. Je vis sous un immeuble, je suis le rasta-SDF, comme les gens du quartier aiment à me prénommer. Je porte des Dreadlocks longues jusqu’aux milieu du dos, un poncho qui me sert de couverture la nuit, et mon chien, mon ami de toujours, m’accompagne en tout lieux, toutes circonstances et me protège parfois. Nous nous parlons souvent, car je sais parler chien. Si l’on écoute et observe chaque être, quel qu’il soit, on arrive à parler son langage. Mon chien possède une belle âme, une des plus belles que j’ai connu en cette vie. Chaque instant, il me témoigne sa fidélité à toute épreuve, son amour inconditionnel. J’ai appris à parler avec la nature, dans la rue, les jardins, les parcs et les bois, en écoutant et observant. Je suis apprécié des gens du quartier, ils me prodiguent nourriture et vêtement. En échange, je leur rend de menus services. Je garde leur chien devant les supermarchés, je fais des courses pour les personnes à mobilité réduites, j’aide à traverser la vieille dame du coin. Les gens du quartier ont tous confiance en moi, je ne leur veux que du bien, et je prie pour eux chaque jour. Chaque matin, quand le soleil entame sa course journalière, j’ai une pensée pour tout ceux que je vais croiser aujourd’hui sur mon chemin de vie, car ils auront foncièrement quelque chose à m’apprendre. Il faut être à l’écoute de chaque signe du Divin qui pourvoie à tous nos besoin.
Je ne vis pas dehors en raison des aléas de l’existence, non, je suis dans la rue par choix. Je suis ici, parce que j’ai écouté mon cœur. J’ai vécu jadis, dans l’opulence, j’avais un toit, un van qui me trimbalait partout où je souhaitais aller. J’avais un travail honorable : j’étais cadre supérieur dans l’imprimerie. J’étais, selon le regard des autres, un maghrébin qui avait réussi dans la vie, malgré le racisme ambiant dont j’ai été victime dans le milieu professionnel. Je me suis battu, débattu en ce monde, pour obtenir ce statut confortable. J’ai travaillé des heures, des jours entiers sans compter, parce que j’aimais mon boulot. C’était toute ma vie et je ne connaissais rien d’autre. J’en perdais le sommeil car je ne pensais qu’à résoudre des problèmes, livrer un client dans les meilleurs délais, être le meilleur dans ma partie.
Un matin, je me suis réveillé avec l’incapacité totale de me lever. C’était comme si mon corps ne voulait plus répondre aux désirs de mon cerveau. Toute ma partie gauche refusait le moindre mouvement, c’est embêtant, je suis gaucher. Mon visage, mon bras, ma jambe, étaient de marbre et lourds comme du plomb. Une pensée effroyable me vint à l’esprit : je ne pouvais pas aller travailler, ma vie était fichue et un gouffre béant, le gouffre de l’inconnu, s’ouvrait devant moi. J’ai rassemblé toute ma volonté, tout mon courage pour ramper jusqu’au téléphone qui se trouvait sur la commode, en face de mon lit, un chemin terriblement long et semé d’embûches. Mon premier coup de fil a été pour mon patron, qui m’a hurlé à l’oreille droite de rappliquer immédiatement pour régler un litige avec un client. Puis, j’ai appelé un médecin. Peu de temps après, une ambulance me prenait en charge et j’allais intégrer pour plusieurs mois, l’hôpital le plus proche : j’avais été victime d’une rupture anévrisme pendant mon sommeil.
Les mois passés au fond de mon lit d’hôpital et ma rééducation intensive, m’ont permis de réfléchir sur moi-même : le bourreau de travail que j’étais devenu avait oublié littéralement son corps, son entourage, ses amis. Plus rien d’autre ne comptais que moi, mon boulot et cet ego surdimensionné qui se nourrissait de mes victoires professionnelles. Et mon existence s’était écoulée ainsi, jusqu’au jour béni où mon corps a dit STOP ! C’est ainsi que j’ai réalisé la préciosité de la vie. J’ai survécu à cette bénédiction déguisée en malheur et je me suis battu corps et âme pour retrouver mes capacités motrices et dispenser, autour de moi, de l’amour, de la joie. De retour chez moi, j’ai vendu tous mes biens : mon appartement, mon van, les objets inutiles, et j’ai donné la somme de ces ventes à des œuvres de charité. Je suis devenu anti-matérialiste. J’ai décidé de me consacrer aux autres, au bien des autres, sans me soucier du mien. Et me voilà, dans cette rue passante, sous cet immeuble, à savourer le temps qui passe, à dispenser le bien autour de moi, à être, tout simplement, en pleine conscience du temps présent….mais…
Mais…que ce passe-t-il là bas?, un mec bizarre vient de s’arrêter net au milieu du trottoir. Mon chien hurle à la mort, comme s’il pressentait un danger imminent. L’homme a sorti un flingue de sa poche, son métal brille sous le soleil ardent et magnifique du matin, j’aperçois son éclat instantané. Mais il va tirer nom de Dieu ! Non, ce n’est pas possible, il ne peut pas faire cela !
« Arrête, arrête ton cirque de suite, range ton flingue, ce n’est pas la solution, arrête tout de suite, par pitié ou le malheur s’abattr…. », lui cris-je du plus fort que je peux ! »
CLIC CLIC BOOM
Trop tard, bon sang, il a tiré !…Mon Dieu, que faire ? Un jeune homme s’écroule sur le sol, à quelques mètres du flingueur. Il a tiré, il a ôté une vie…Pourquoi, qui est-il pour se permettre cet acte terriblement terrifiant. Je me lève prestement et cours vers eux, du plus vite que je peux. Le flingueur est dépité, à genoux près de sa victime inanimée et la mine déconfite, il observe l’ampleur du désastre, son flingue encore fumant, abandonné au sol. Que puis-je faire, à part le réconforter et lui prodiguer mon aide. Je le prends dans mes bras et l’aide à se relever. Il est en état de choc et complètement hébété. Il sent l’alcool et le tabac froid, c’est un être en souffrance. Qu’à-t-il pu lui arriver dans sa vie pour en être réduit à détester l’humanité au point de tirer sur un semblable. Et il me contemple de son regard vide de sens et vide d’âme. Pour le jeune homme, allongé là, je crois que c’est trop tard. Son liquide vital encore chaud se répand déjà sur l’asphalte. Que puis-je faire ? je n’ai pas de téléphone pour appeler les secours. J’aurai pu éviter cette catastrophe si seulement j’avais réagi une seconde plus tôt. J’ai beau déborder d’amour pour mon prochain, il n’a pas suffi à sauver ces deux êtres en détresse. En cet instant, cette mise à l’épreuve, je ressens ma passivité comme une faiblesse. Je n’ai pas été à la hauteur, pour la seule et unique fois où il fallait l’être et cet instant anachronique a fait de moi un scélérat, voilà !
Bonjour Anne,
Tu as bien réussi à écrire quatre voix différentes pour ton texte en créant des personnages dont tu nous fais connaître la psychologie en détails. C’est vrai que c’est un peu long mais je n’avais donné aucune consigne sur ce point.
Pour améliorer : je te conseille de placer la voix du tireur en dernier afin de laisser le suspens à propos du pourquoi du crime.
Ping : Ils avaient les crocs | Estelle V.
Bonjour Rebecca,
Juste pour te dire que j’ai bien aimé écrire l’histoire à 4 voix et que je viens de la publier sur mon blog. J’espère qu’elle te plaira
Merci de l’information, je vais voir ça !
merci pour ce conseil. j’étais tellement « la tête dans le guidon » sur cet exercice que j’en ai oublié de penser sa structure. Ce conseil me sera très utile à l’avenir : toujours prendre du recul sur son travail, le laisser « macérer » un peu, avant de s’y remettre avec un ragard plus critique.
Je suis entièrement d’accord avec toi, il faut toujours laisser « reposer » un peu un texte !
Bonjour
Voici l’exercice proposé cette semaine.
Je dois avoué que j’ai eu quelques difficultés pour démarrer.
1*voix
Je suis seule et je m’ennuies.
Aussi, j’ai décidé de créer un élevage dans une pièce vide de ma maison.Il ne me faut pas beaucoup de place car c’est l’élevage de microbes du bonheur.
Pour cela, je dois rester l’après-midi dans le noir le plus complet,à donner la becquée avec un cure dent à mes nouveaux-nés.
C’est fatiguant mais vu l’enjeu, ça en vaut la peine. Le grand jour,je ferai le tour du monde et je décimerai mes bébés dans tous les pays visités.
JE DEVIENDRAI CERTAINEMENT CELEBRE.
2*voix
Depuis quelques jours, je remarque que ma voisine devient de plus en plus bizarre.
Elle s’enferme souvent chez elle, volets tirés, portes fermées à clé.
Elle ne réponds plus au téléphone. C’est vraiment curieux.
J’ai prévenu la police afin qu’elle mène une enquête.
JE PASSERAI CERTAINEMENT A LA TELEVISION.
3*voix
Je suis mandaté par la police pour enquêter sur une dame qui s’enferme chez elle dans le noir complet.Je redoute une sorte de déprime comme il y en a de plus en plus.
Je vais me faufiler par le jardinet derrière chez elle.
J’AURAI CERTAINEMENT UNE PROMOTION.
4*voix
Nous sommes des milliers à cogiter dans des petites éprouvettes.
Nous sommes nés il y a deux semaines, nous sommes bien soignés.
On nous a promis un fabuleux voyage.
NOUS ALLONS CERTAINEMENT DEVENIR CELEBRES.
Je me rends compte que c’est simpliste.
Tant pis,je me suis amusée
Miche.
Bonjour Miche,
J’aime beaucoup le rythme de ton texte avec ces phrases en leitmotiv ! Je ne le trouve pas simpliste, seulement inachevé, j’aurai poursuivi un peu pour que les voix ne se recoupent pas seulement sur une vague idée de ce que fait la voisine.
Un mot à changer : tu as écris « décimer » pour « disséminer » (enfin, je pense !).
à bientô
Voici mon exercice, j’ai mis un peu de temps à le peaufiner :
Le conducteur
Suis en retard ! Elle va encore s’énerver parce qu’elle m’attend, et elle va acheter quelque chose pour calmer ses nerfs… Pfff
Il accélère, par à coups, il freine au dernier moment s’il est vraiment obligé, brûlant un petit feu rouge ou deux. Ca passe. Il est klaxonné, mais il n’en a cure, il est en retard, faut y aller. Les flics ! C’est bien sa veine ça… Sa conduite se fait un peu plus calme, le temps qu’ils tournent, et hop ! On est repartis, la vitesse augmente, la destination est presque en vue.
Il tourne, voyant le panneau qui indique le parking. Hop, on gare la voiture, et il va la rejoindre très vite. Ils vont pouvoir choisir son costume, en une heure, ce sera plié. Personne, il avance pour entrer dans le parking, mais il voit… Un escalier ? Qu’est-ce qu’il fait ici ? Trop tard, la voiture a avancé un peu trop loin pour qu’il puisse reculer et la faire remonter.
Crac, le bas de caisse. Il entend un bruit de ferraille et les pneus qui grincent. Il ne lui reste qu’à s’accrocher à son volant et… Prier. Il n’a pas prié depuis très longtemps, mais soudainement, il se rappelle de quelques paroles qu’on lui avait appris à l’école catholique qu’il avait fréquentée. La voiture s’arrête, miraculeusement, il reste cristallisé sur son volant, attendant de descendre, de peur qu’elle ne chute violemment dans un grand fracas, toujours attaché avec sa ceinture de sécurité.
Une femme arrive, avec un téléphone, elle va pouvoir l’aider. Appeler les secours, l’empêcher de tomber dans l’escalier, coincé dans la voiture, mais… Elle fait des photos avec son téléphone. C’est bien sa veine.
La journaliste :
Alors qu’elle est en repos aujourd’hui, elle a entendu parler d’une opération spéciale sur les sacs aux galeries LAFAYOTTE, au moment d’entrer dans le magasin, elle entend des exclamations de gens autour d’elle. Une voiture s’avance vers la bouche de métro ? Mais non, ils extrapolent, elle a dû mal comprendre. Elle va regarder, attirée par la foule qui commence à se précipiter, et elle voit qu’en effet, une voiture est bloquée à l’entrée d’une bouche de métro. Elle reste d’abord stupéfaite. Elle avait entendu parler de suicides assez particuliers mais le tenter en voiture sous un métro, elle n’avait encore jamais vu. Elle cherche son iphone, qui est bien sûr glissé tout au fond de son sac, sous des choses très utiles, qu’elle promène partout au cas où. Elle réussit enfin à le trouver, après avoir vidé le contenu de son sac sur le trottoir, sous l’oeil amusé de passants – masculins – qui se rendent… Dommage ! L’entrée de métro est occupée, messieurs… Elle appelle le journal pour leur raconter l’affaire.
« - Gigi ! Prends ton bloc-note, j’ai un super scoop à te raconter ! Y’a un mec qui a voulu se suicider en allant se jeter en voiture sous un métro. Attends, je raccroche, je prends des photos et je te rappelle ! Fais venir les gars. Y’a de la matière. »
Elle raccroche et se précipite vers la bouche de métro pour faire des photos. Il est encore dans la voiture, elle va pouvoir l’interroger la première, quelle aubaine ! Elle est devant la portière, prête à lui parler pour recueillir ses impressions en direct.
Un objet qui a joué un rôle dans la scène
La voiture avance, à coup d’accélérateur. L’est nerveux aujourd’hui, le Totoche. Il passe les vitesses plus vite qu’il ne faut, si bien qu’elle oscille entre le sur ou le sous-régime. Elle sent que ses disques de frein souffrent, en plus des étriers qui mordent et crissent. Un feu, ouf, on va pouvoir se calmer un peu. Le pot d’échappement évacue le surplus de gaz, elle cahote déjà sur une bosse. Paf ! Un feu ! Puis l’autre ! Il doit être daltonien, il ne passe plus qu’aux rouges… Quand une voiture mieux équipée qu’elle extérieurement se présente devant eux, il est plus calme. Mais non ! Tu vas où copine ? Il va recommencer !
Clignotant, le volant tourne. Aie, mes pneus ! Elle avance, mais son ordinateur de bord lui indique qu’elle va vers une bouche de métro ? Ca y est, il a perdu la tête… Il veut passer par des chemins détournés pour aller plus vite. Il a pris les méthodes des parisiens. Elle sent que sa calandre claque en même temps que ses côtés. Mais quelle brute… Elle est un tout terrain, 4×4, d’accord, mais il y a des limites, monsieur, elle n’est aussi qu’une pauvre masse de métal qu’il ne faut pas cogner de partout. Elle est partie pour un rééquilibrage et un séjour chez le garagiste. Elle sent des marches sous ses pneus, est-ce que ça va s’arrêter, elle ne sait pas. En plus, il est agrippé au volant comme un collecteur d’impôts à son coffre plein. Elle se sent en équilibre, mais apparemment, elle ne descendra plus. Que fait-il ? Il va accélérer pour continuer à descendre ? Elle attend la suite.
Des gens arrivent, peut être qu’elle va être sortie de cet escalier dangereux d’où elle risque de tomber. Il ne pourrait pas klaxonner, l’autre ? Ah, si ça avait été prévu dans l’ordinateur de bord ça, elle pourrait au moins donner l’alerte elle-même.
Vla qu’elle fait des photos… Manquait plus que ça, elle n’est même pas son meilleur profil.
Un passant
Nomdidiou ! Mais qu’est-ce qu’y fait ? Y sont fadas ces parisiens…
Le père est allé chercher son pain à la boulangerie, parce qu’il l’aime frais, avec son journal, et là, il voit les nouvelles en direct.
Il entend des exclamations, et un bruit de carrosserie. Il n’entre pas dans la boulangerie, pour aller voir ce qu’il se passe. Il a pas pris son appareil photo, s’il s’attendait à voir ça, une voiture dans une bouche de métro. Direct, comme s’il rentrait dans une rue. Oh, puis la voiture, elle va avoir mal. Et le conducteur aussi, avec une belle marque comme ça. Mais lui, ce sera au portefeuille. A peine cabossée pour une voiture Parisienne en plus. Elle doit être très récente. Oh bonne mère… Comment y va expliquer à l’assurance c’qu’il a fait ? Il reste un peu loin, pour voir ce qu’il va se passer. L’a même pas de téléphone pour appeler la police. Enfin, il faut appeler la police, ou l’asile de fous ? Pour entrer dans une bouche de métro comme ça, en pleine journée. Il a certainement fumé du hache iche, c’est le mal du siècle, ce hache iche. Même si son petit-fils lui dit que c’est une plante, et que ça a des vertus thérapeutiques. Il lui en foutrait, de la thérapteutique ! Voilà le résultat ! Il regarde autour de lui, y’a personne qui fait quelque chose, y pourrait être mort dans sa voiture que les gens, y passeraient à côté de la voiture pour descendre prendre leur métro. Ah ben quand même ! Y’a une fille qui va voir. Ben… Elle fait des photos ? Peuchère…
Y sont fadas ces parisiens
Bonjour Gracieuse, ton exercice d’écriture m’a bien fait sourire ! J’ai vu passer la photo de l’événement que tu rapportes
Je trouve ton texte bien écrit. Il y a pourtant une chose qui est dommage : pourquoi ne pas avoir fait parler chacun des personnages au lieu de choisir un narrateur extérieur ? Cela met de la distance entre le lecteur et la scène.
à bientôt !