Jeu d’écriture 30 : Le conte du pourquoi


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Cette semaine, je vous propose de découvrir un nouvel exemple de jeu d’écriture : le conte du pourquoi. Sur le modèle des Histoires comme ça de Rudyard Kipling, il s’agit d’écrire un court conte expliquant une des particularités physiques d’un animal, d’une plante ou du monde.

Comme à mon habitude, j’ai réalisé l’exercice en y intégrant une contrainte supplémentaire : réutiliser la fable « Le corbeau et le renard » de Jean de La Fontaine.

Je vous laisse découvrir mon texte :


Pourquoi le corbeau a-t-il la voix cassée ?

A l’aube du monde, tous les animaux des Bois Sauvages s’accordaient à dire que le Corbeau avait la plus plaisante des voix. Lapins, cerfs, sangliers, souris et autres êtres vivants à plumes, à poils ou à écailles aimaient à se regrouper au pied du grand chêne majestueux où l’oiseau noir avait élu domicile. Il leur offrait alors des concerts plus merveilleux les uns que les autres. Grâce à ses capacités vocales, le Corbeau avait hérité du doux nom de « maître ». On venait de plus en plus loin pour l’entendre. On vantait ses qualités acoustiques, son timbre splendide, ses accents adorables. En bref, on murmurait son éloge au détour de chaque sentier.
Maître Corbeau se rengorgeait d’un si vif succès. Il préparait ses concerts avec un soin extrême, lustrait pendant des heures son plumage pour le rendre éblouissant, entraînait sa voix avec sagesse et précision. Il régalait si bien les oreilles de ses congénères qu’on lui pardonnait ses deux défauts majeurs : un incroyable orgueil et une insatiable gourmandise. Ses concerts à peine terminé, il quittait les branches du chêne majestueux et partait en quête de quelques douceurs à grignoter, n’hésitant pas, au besoin, à chaparder à la table des hommes ses voisins.
Ainsi, les jours se succédaient aux jours sans accros pour Maître Corbeau jusqu’à ce qu’un nouvel arrivant se présente dans les Bois Sauvages. C’était un animal au pelage mordoré qui se déplaçait avec grâce et discrétion. Les hôtes de la forêt ne tardèrent pas à se retourner sur son passage et à murmurer des éloges grandiloquents. Les yeux perçants du Renard-tel était son nom-, paraissaient à peine les remarquer mais, peu de temps après son installation, et sans qu’aucun fait ne justifie cela -outre son arrogante beauté- le Renard hérita lui aussi du nom de « Maître ». On se pressait au pied de sa tanière pour tenter de l’apercevoir avec autant d’empressement qu’on en mettait à courir au chêne magnifique.
Aussi, Maître Corbeau commença-t-il à ressentir les affres de la jalousie. Ce sentiment ne fit que grandir et devint rapidement incoercible. A sa grande stupeur, Maître Corbeau remarqua que Maître Renard était lui aussi un voleur d’une insatiable gourmandise. Sans qu’aucune parole ne fusse échangée, un concours commença entre les deux Maîtres. C’était à qui chaparderait la plus belle prise à la table des Hommes. Tour à tour, Maître Corbeau se distinguait en remportant une galette de beurre, le lendemain Maître Renard lui soufflait la vedette en apparaissant avec un poulet tout frais plumé. Tous les Bois Sauvages observaient les allées et venues des deux rivaux en souriant. Les jours où Maître Renard l’emportait, Maître Corbeau se consolait en songeant qu’il possédait un atout de poids : sa voix merveilleuse. Ses concerts n’en étaient que plus éblouissants. En cela, Maître Renard n’était pas prêt de l’égaler.
Pourtant, un matin, tout se précipita. Au sortir de sa tanière, Maître Renard capta un délicieux parfum. Il le reconnut aussitôt pour être celui d’un met savoureux qu’il affectionnait particulièrement : un fromage ! Sans attendre, il se précipita au pied du chêne magnifique d’où provenait la délicieuse senteur.
– Oh Bonjour ! Maître Corbeau, commença-t-il.
Surpris, les yeux noirs du volatile s’abaissèrent vers son rival. C’était la première fois qu’il lui adressait la parole.
– Vous avez une mine superbe ce matin ! poursuivit Maître Renard. Que vous êtes joli, je dirai même plus, que vous êtes beau !
Maître Corbeau gonfla le cou sous l’éloge. Enfin, ce fanfaron d’animal à poils reconnaissait sa juste valeur ! Un éclair de satisfaction brilla dans l’oeil de Maître Renard, Maître Corbeau ne le remarqua pas.
– Sans mentir, continua Maître Renard, si, comme on l’entend d’un bout à l’autre des Bois Sauvages, votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ce monde.
A ces mots, Maitre Corbeau ne se sent pas de joie et, pour montrer sa belle voix, ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Maître Renard s’en saisit et dit :
– Apprenez, mon bon Monsieur, que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. Cette leçon vaut bien un fromage sans doute.
Le Corbeau, honteux et confus, hurla sa rage toute la journée. A la nuit tombée, sa voix brisée retentissait encore dans les moindres recoins des Bois Sauvages. Quand enfin il se tut, brisé, il jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus. Néanmoins, le mal était fait : depuis ce jour, le corbeau est plus raillé qu’applaudit. Sa voix n’ayant jamais retrouvée de sa superbe, les animaux de la forêt fuient ses coassements et rient au souvenir immarcescible de sa bêtise.

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Crédit photo : steve lorillere

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