Jeu d’écriture 26 : Porte ouverte sur l’imaginaire


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Jeu d'ériture : porte ouverte sur l'imaginaire

Cette semaine, j’aimerais vous présenter un 26ème exemple de jeu d’écriture. Il s’agit cette fois d’un exercice qui permet de travailler l’imagination. J’ai demandé à mes abonnés d’imaginer un champ au milieu duquel ils remarquent une porte. Ils l’ouvrent puis décrivent ce qu’ils voient de l’autre côté.

Pour réaliser ce jeu d’écriture, je me suis une nouvelle fois basée sur la fable « Le corbeau et le renard » de Jean de La Fontaine. Pour construire ma description, j’ai également décidé d’utiliser des tableaux de grands peintres.
Vous retrouverez ainsi Les corbeaux de Van Gogh, Vieux souliers aux lacets de Van Gogh également, Paniers de pommes de Paul Cézanne, Before the Race de Edgar Degas, La femme à l’ombrelle de Claude Monet,The Large Pine de Paul Signac et un dernier tableau de Renoir dont je n’ai pas trouvé le titre.

A partir de ces différentes contraintes, voici ce que j’ai écrit :

Corbeau et tableaux

Ce soir au-dessus du champ, le ciel est d’un bleu des plus sombres. Il fait chaud. Trop chaud. J’ai la gorge sèche, le pouls rapide, la peau moite. La nuit s’approche comme une caresse en brouillant doucement les contours des herbes. Sur les nuages, les blés présentent leur jaune éclatant pour rappeler une dernière fois l’ardeur du soleil avant d’être aspiré par l’obscurité. Devant moi, trois chemins. Un assemblage de verts et de bruns qui pointe l’horizon en dégageant une forte odeur de terre. Ils sont étrangement tordus dans ce paysage plat. Une nuée de corbeaux noirs s’affole au dessus des épis. Leurs coassements grimpent dans l’air immobile. Plein de colère.

Je m’engage droit devant moi, poussée par la curiosité. La chaleur pèse de plus en plus. Mes paupières, trop lourdes, se ferment un instant. Dans l’obscurité, un pinceau venu de nul part dessine une porte. J’ouvre les yeux. Elle est là. Seule. Debout et oubliée dans les blés. Du bois brut. Un grincement à l’ouverture, comme un rire moqueur.
Dans un frisson, un corbeau frôle mon épaule et se faufile derrière la porte. Mon regard le suit tandis qu’il voltige au dessus de vieilles chaussures posées sur le sol jaune. Des bottines noires, un peu tordues, lacets défaits, vides. Je me surprends à inventer l’histoire de ce cuir un peu vieilli, craquelé par endroit.

Un coassement me tire de ma réflexion. Derrière les chaussures, Maître Corbeau vient de découvrir une table. Un panier y est posé en évidence. Pommes vertes, poires rouges et pêches dégringolent en désordre sur un torchon froissé en offrant leur parfum sucré à qui voudra les saisir. Une bouteille de vin au centre surplombe une assiette de petits pains soigneusement arrangés sur quatre étages. On dirait un radeau perdu sur une mer blanche. Le corbeau attrape l’un des petits pains et file, sa proie au bec.

Il survole les cinq cavaliers, qui, derrière la table, se préparent à la course. Les chevaux piaffent, trottinent, font entendre leurs hennissement impatients, éternuent. L’herbe se plie sur leurs pas. Les jokers, casquettes enfoncées sur la tête, tiennent les rênes d’une mains fermes. Je me penche, appuyée contre la porte pour essayer de distinguer leurs visages. Ils sont graves, concentrés. Oublié le pic nic, oublié les rires et les jeux. Maintenant, seule compte la compétition. Soudain, un étalon se cabre. Maître Corbeau échappe de justesse au sabot qui frappe l’air.

Je souris devant ses battements d’ailes affolés. Mais déjà le voilà en haut de la colline. Le petit pain toujours coincé dans le bec, il frôle un chapeau et passe au dessus de l’ombrelle blanche qui abrite une femme. Les yeux plissés, la dame observe les cavaliers qui s’élancent. Je devine sur son visage la même chaleur que celle qui m’emprisonne. Seulement, là-bas, le vent glisse de ses joues à son cou, joue dans son écharpe bleue, tourbillonne dans son jupon clair, galope entre les tiges affolées des fleurs multicolores et, dans une pirouette, rejoint le ciel.

Maître Corbeau profite de ces courants d’air pour se laisser porter jusqu’à l’immense arbre vert qui surplombe la scène. Le pin a l’air de camper ici depuis des millénaires. Ses branches forment une courbe parfaite comme si une main géante venait de les tailler en boule. Certaines, très basses, courent au ras du sol. Ses épines sont si serrées qu’elles tremblent à peine. Je devine, plus que je ne l’entends, son murmure dans le vent.

Maître Corbeau se pose sur l’arbre et s’accorde un instant de répit. Sous la branche où il est perché, une jeune fille se tient assise, un bouquet de fleurs blanches posé sur sa robe violette. Elle sourit, les yeux fixés sur les chevaux qui se poursuivent dans la plaine. A ses côtés, un petit chien roux relève la tête. Il aperçoit Maître Corbeau. Une langue rose s’échappe de ses babines. Deux ou trois jappements. Maître corbeau répond. Le petit pain au lait change de propriétaire et disparait. Des cris retentissent. La course est terminée. Le gagnant félicité.

Je ris. Derrière moi, les coassements redoublent de fureur. Je recule puis referme lentement la porte. Il est temps de rentrer. La nuit est tombée et des spirales de lumières roulent au dessus de ma tête. Rêve ou réalité ? Je ne sais, mais un bien joli tableau à n’en pas douter.

J’ai bien aimé réaliser cet exercice qui m’a permis de mêler plusieurs arts :-)

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Crédit photo : Photos Libres

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